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10/10Assiette

Ce que l'assiette apporte aux yeux : ce qui est établi, et ce qui ne l'est pas

On aimerait qu'un aliment « fasse voir mieux ». Ce n'est pas si simple : la vue dépend d'abord de la forme de l'œil, de l'âge et de la santé de la rétine. L'alimentation joue pourtant un rôle, et la réglementation européenne dit précisément lequel.

Un registre officiel, une formule sobre

En Europe, un aliment ou un complément alimentaire ne peut mettre en avant un effet sur la santé que si cet effet a été évalué scientifiquement puis inscrit dans un registre officiel, consultable par tous. Tout ce qui n'y figure pas ne peut pas être revendiqué sur un emballage ou dans une publicité.

Pour la vision, le registre ne retient qu'une seule formule, toujours la même : le nutriment contribue au maintien d'une vision normale. Rien de plus. Aucune mention autorisée ne parle d'une vue « améliorée », d'yeux « renforcés » ou d'une maladie évitée. Quatre nutriments seulement ont droit à cette formule.

Quatre nutriments, une même mention

NutrimentMention reconnueOù le trouver
Vitamine Acontribue au maintien d'une vision normalefoie, jaune d'œuf, beurre, fromages ; sous forme de bêta-carotène dans les carottes, la patate douce, les épinards, la courge
Zinccontribue au maintien d'une vision normalehuîtres, viandes, fromages affinés, légumineuses, graines de courge
Riboflavine (vitamine B2)contribue au maintien d'une vision normalelait et yaourts, œufs, amandes, champignons, abats
DHA (un oméga-3)contribue au maintien d'une vision normale, pour un apport de 250 mg par joursardine, maquereau, hareng, saumon

Ces mentions décrivent un rôle normal dans l'organisme. Elles ne signifient pas qu'en manger davantage évite une maladie de l'œil, ni qu'un apport élevé fasse mieux qu'un apport suffisant. Pour vérifier la teneur d'un aliment précis, la table de composition Ciqual, publiée par l'agence sanitaire française, est libre d'accès et très complète.

Un mot sur le bêta-carotène. Ce pigment orange, abondant dans les légumes orange et vert foncé, n'est pas de la vitamine A en tant que tel : l'organisme le convertit en vitamine A selon ses besoins. Quand les réserves sont suffisantes, la conversion ralentit.

Bottes de carottes aux fanes vertes alignées sur un étal
Le bêta-carotène des carottes est transformé en vitamine A selon les besoins de l'organisme.

Les carottes, vraiment ?

L'idée que les carottes donnent une vue perçante vient en partie d'une histoire de la Seconde Guerre mondiale. Pour garder secret l'usage du radar, l'aviation britannique, la RAF, aurait attribué les succès de ses pilotes de chasse de nuit… à leur goût pour les carottes. La rumeur a fait le tour du monde et la légende est restée.

Ce qui est vrai : la carotte est riche en bêta-carotène, donc une bonne source de vitamine A. Et un manque important de vitamine A, rare en France mais encore fréquent dans certaines régions du monde, gêne la vision dans la pénombre. Ce qui est faux : manger plus de carottes que nécessaire n'aiguise pas la vue d'une personne déjà bien nourrie. Une myopie, une presbytie ou un astigmatisme ne dépendent pas de l'assiette.

Lutéine et zéaxanthine : aucune mention autorisée

Ces pigments jaunes, présents dans le chou kale, les épinards, le maïs ou le jaune d'œuf, se concentrent naturellement dans la macula, la zone centrale de la rétine. Ils font l'objet de nombreuses recherches et l'on en parle beaucoup.

Mais à ce jour, aucune allégation de santé les concernant n'a été autorisée en Europe. Il en va de même pour la myrtille et pour bien d'autres ingrédients mis en avant sur les emballages. Méfiance, donc, devant les produits qui leur prêtent des effets précis sur la vue : ce que dit le registre fait foi.

Une assiette variée, tout simplement

Pas besoin d'aliments rares ni de recettes compliquées. Une alimentation variée couvre la plupart des besoins :

Bol de jeunes pousses d'épinards à côté d'œufs et d'un poivron
Épinards, œufs, poivron : une assiette colorée couvre déjà une bonne part des besoins.

La saison froide est même la plus généreuse en légumes de ce type. Sur un marché de quartier à Paris, d'octobre à mars, les étals ne manquent ni de carottes, ni de courges, ni d'épinards, ni de chou. Les besoins changent un peu au fil de la vie, sans bouleverser ce principe : la page sur la vue qui évolue en vieillissant revient sur ce qui change vraiment après 45 ans.

Et les compléments alimentaires ?

Un complément alimentaire complète une alimentation : il ne la remplace pas, et il ne remplace pas non plus le suivi par un ophtalmologiste. Les contrôles réguliers restent le seul moyen de repérer tôt ce qui ne se voit pas, et le rythme des examens à chaque âge donne des repères utiles.

Panier d'œufs et ustensiles en bois sur le plan de travail d'une cuisine claire
Les aliments du quotidien restent la base ; un complément vient seulement en appoint.

Avant d'en prendre, quelques précautions de bon sens. Lisez la composition et les quantités indiquées sur l'étiquette. Évitez de cumuler plusieurs produits qui contiennent les mêmes nutriments, par exemple deux formules riches en vitamine A ou en zinc. Demandez conseil en cas de maladie de l'œil, de médicaments pris au long cours ou de grossesse : la vitamine A en excès est à éviter chez la femme enceinte.

Mieux vaut acheter dans un magasin spécialisé ou une pharmacie, là où l'on peut poser des questions et obtenir une réponse précise sur la composition d'un produit, plutôt que sur la seule foi d'une publicité. Votre médecin ou l'ophtalmologiste qui vous suit reste l'interlocuteur à privilégier si vous avez un doute.

Enfin, gardez en tête la règle du registre : si une boîte promet davantage qu'une contribution au maintien d'une vision normale, c'est qu'elle dit plus que ce qui est établi.

À lire avant tout : ce site informe, il ne remplace ni un examen ni l'avis d'un ophtalmologiste, d'un orthoptiste ou de votre médecin. En cas de doute sur vos yeux, consultez.